Paroles : Thierry Lolon — Musique : Thierry Lolon & Martial Hardy
Soleil blanc
Encore un jour en dedans
là-haut le soleil est blanc
devant on a du temps
à remplir, à saisir
c’était quand, quand avant
3 jours, 3 semaines, 3 ans
ici-bas, on attend
de là-haut, les nouvelles
Il est 15h
les rues sont vides
comme un dimanche au petit matin
comme un dimanche de canicule
quand tout le monde a fui la ville
ou reste à l’ombre
Entre 2
entre 2 bouts de scotch on patiente
bien sagement on patiente
à l’abri
d’autrui
Laissez passer
laissez-moi passer
semble me dire
cette femme qui prend le large
quand elle me voit
Les jours en dedans
là-haut le soleil est blanc
devant on a du temps
à remplir, à saisir.
Le fourgon blanc
Ce type est louche
avec ses yeux fous
et son t-shirt sale
le crâne abîmé, mal rasé, il traîne
longeant les murs
à l’abri des regards
dissimulé
faire profil bas
se fondre dans la masse
en vain
Alors ça parle
on s’interroge
on finit
par s’inquiéter
alors ça parle
on s’interroge
qui est-il ? que veut-il ?
De nos jours il se passe
de bien vilaines choses
alors alors
mieux vaut l’avoir à l’œil
se tenir prêt
après tout, on ne sait jamais
et si
ça nous arrivait
après tout, on ne sait jamais
et si ? et si ?
Alors ça parle
on s’interroge
on finit
par s’inquiéter
alors ça parle
on s’interroge
qui est-il ? que veut-il ?
Il vit dans un fourgon blanc
il est seul
il cherche un endroit pour dormir
2 ou 3 jours
il veut juste s’en sortir.
Deux années
Recouvrir les murs
de dessins anatomiques
de formules chimiques
faire les bons choix stratégiques
visualiser tout imprimer
s’isoler mais pas trop
limiter les pauses
trouver le bon équilibre
toujours au taquet
Il s’agit
ces années
de ne faire qu’engranger
se remplir, se gaver
parfois régurgiter
Éviter les croche-pieds
la boule au ventre
le doute qui s’installe
qui s’en va puis revient
rester dans la course
porter des œillères
sacrifier
deux années
y arriver
ou échouer
Il s’agit
ces années
de ne faire qu’engranger
se remplir, se gaver
parfois régurgiter.
Entre les gouttes
On pensait
qu’on passerait
entre les gouttes
qu’on trouverait
forcément
la bonne route
au final
on avait
peu de doutes
on pensait
qu’on passerait
entre les gouttes
Son regard est un miroir
mon regard est un miroir
son visage est un miroir
dans lequel
mieux vaut
ne pas se voir
Au-dessus les nuages
bien souvent les orages
on s’évite, on s’abrite
on se croise, on se frite
Son regard est un miroir
mon regard est un miroir
son visage est un miroir
dans lequel
mieux vaut
ne pas se voir
Mais l’histoire est en cours
il y aura on l’espère
des mises à jour
pourvu que le temps soit avec nous
on pensait
qu’on passerait
entre les gouttes
Son regard est un miroir
mon regard est un miroir
son visage est un miroir
dans lequel
mieux vaut
ne pas se voir.
Los Angeles 2019
New-York
97
c’est déjà loin
2035
les 12 singes
nous mèneront-ils à notre perte ?
Cosmos 99
c’était la fin du vingtième siècle
l’année 2000
c’est du passé
la fin du monde n’a pas eu lieu
Métropolis
2026
vivrons-nous sous terre ? 2022
Soleil vert
qu’aurons-nous dans nos assiettes ?
le fœtus
de 2001
est devenu
une jolie fille
Los Angeles 2019
les androïdes
c’est maintenant
Los Angeles 2019
les androïdes c’est maintenant
c’est maintenant.
La bête
La bête
glisse lentement
sur le pavement
des capitales mondiales
laquée, luisante et noire
comme dans l’œil
d’un macareux moine
d’un macareux moine
Quel empereur abrite-t-elle ?
en elle, en elle ?
quel empereur abrite-t-elle ?
La bête
glisse lentement
sur le pavement
des capitales mondiales
corbillard xxl
à son passage
on la salue
on la salue
Quel empereur abrite-t-elle ?
en elle, en elle ?
quel empereur abrite-t-elle ?
La bête
glisse lentement
sur le pavement
des capitales mondiales
cuirassée, carapacée telle
un scarabée
on ne peut l’assiéger
on ne peut l’assiéger
Quel empereur abrite-t-elle ?
en elle, en elle ?
quel empereur abrite-t-elle ?
La Mercedes chocolat
L’homme d’affaires en villégiature
s’affaire autour d’elle
il a le temps
il a le temps
de lui donner enfin du temps
de loin il la scrute
s’approche
incline la tête
il la prend sous toutes les coutures
ne laisse rien au hasard
C’est vrai qu’elle est belle
mon Dieu mon Dieu comme il l’aime
sa Mercedes chocolat
Il l’entrouvre complètement
pose doucement
sa main
sur la banquette capitonnée
il la caresse
c’est sûr
on va l’envier
je n’imagine pas ce qu’il adviendrait si l’on osait y toucher
C’est vrai qu’elle est belle
mon Dieu mon Dieu comme il l’aime
sa Mercedes chocolat.
Murielle
Autour d’elle
la forêt, la forêt
les hautes maisons grises
autour d’elle les eaux troubles, les eaux troubles
la rivière
autour d’elle le passé
le passé
qui l’entrave
autour d’elle les regards en coin
la famille jamais loin
Mais tout ça
ça vaut mieux
que l’ailleurs
que l’ailleurs
Autour d’elle la vallée
écrasée
sous une chape de silence
autour d’elle le temps passe
et l’espace
se comprime
fenêtres closes
elle est sur pause
elle ne fait pas grand-chose
elle s’est figée
enracinée
pas de départ pas de retour
Mais tout ça
ça vaut mieux
que l’ailleurs
que l’ailleurs
Autour d’elle
la forêt, la forêt
les hautes maisons grises
autour d’elle les eaux troubles, les eaux troubles
la rivière.
Le ciel est bleu
Toutes ces années
ils en avaient profité
sans vraiment
s’en rendre compte
une routine cotonneuse s’était installée
tout était acquis
gagné
rien d’autre à faire que laisser rouler
ils avaient laissé faire
chloroformés
Ils étaient heureux ils ne le voyaient pas
ils étaient heureux, ils ne le savaient pas
pourtant
le ciel est bleu
seul le souffle du vent
le ciel est bleu
seul le souffle du vent
C’est seulement plus tard
qu’ils ont su
quand ils ont entendu
les sirènes
le vent avait tourné
la vie allait changer
désormais
ils n’étaient à l’abri de rien
les verrous
avaient sauté
Ils étaient heureux ils ne le voyaient pas
ils étaient heureux, ils ne le savaient pas
pourtant
le ciel est bleu
seul le souffle du vent
le ciel est bleu
seul le souffle du vent.
Rouge et or
Les lumières de la ville
un morceau de lune
un trait lumineux
à l’horizon
font pâlir la nuit
font pâlir la nuit
plus
pour longtemps
des nappes
de nuages gris se développent
nous enveloppent
plus de chien plus de loup
entre 7 et 8
le flot
se resserre
Peu à peu
l’asphalte se couvre
de phares
rouge et or
en sens inverse rouge et or
en sens inverse
rouge et or
Les lignes blanches
et les glissières
nous hypnotisent
en file indienne
les feux adverses
dilatent
nos pupilles
la route est longue
devant nous
mais on a
tout le temps
la route est noire
devant nous
on trace on décolle dans la nuit
Peu à peu
l’asphalte se couvre
de phares
rouge et or
en sens inverse rouge et or
en sens inverse
rouge et or.
Comme chaque matin
Comme chaque matin
pendant que le commun des aoûtiens
fait des ronds dans l’eau
elle
elle stationne
à l’ombre
d’une haie de cyprès
40 degrés
c’est la fournaise
comme chaque matin comme chaque matin
Elle essaye
tente sa chance
l’espoir
que vive l’espoir
Assise au volant d’une Clio noire
elle fume clope sur clope
le chant des cigales ne couvre pas sa toux
elle s’affaire
elle s’applique
gratte ses tickets
case par case
40 degrés
c’est la fournaise
comme chaque matin comme chaque matin
Elle essaye
tente sa chance
l’espoir
que vive l’espoir
Faire durer l’attente faire durer l’espoir
faire durer
faire durer l’attente faire durer l’espoir
faire durer
comme chaque matin
comme chaque matin.
Les allées du supermarché
Les allées
du super
marché
portaient des noms d’arbres
ici
on converge
tout est blindé
où vais-je où vais-je me garer ?
Qu’est-ce qu’on attend ?
tournons le dos
qu’est-ce qu’on fait là ?
gardons
nos distances
Mon caddie
me conduit
ventre noué
vers les galeries saturées
les néons aveuglants
les bonnes affaires
il y en a
il y en a
toujours à faire
Qu’est-ce qu’on attend ?
tournons le dos
qu’est-ce qu’on fait là ?
gardons
nos distances
Soudain sous moi
le sol se dérobe
ne plus avancer
envie de détaler
j’abandonne mon caddie
rue des tilleuls
reste immobile
vidé tout seul
Qu’est-ce qu’on attend ?
tournons le dos
qu’est-ce qu’on fait là ?
gardons
nos distances.
L’écran immense et lumineux
L’écran immense et lumineux
les plans défilent sur des visages radieux
garder un œil
on ne sait jamais
vu du monde juste une seconde
Ils se regardent en train de se regarder
et quand à l’image
ils se voient
ils sont des géants
qui un instant
centre du monde crèvent l’écran
Se voir se voir
un court moment
se sentir vivre
être vivant
les yeux s’éclairent dans le miroir
toucher du doigt toucher la gloire.
Crédits
Thierry Lolon : auteur, compositeur.
Martial Hardy : compositeur.
Hélène Pichot : arrangement pianos et orgues.
Enregistré par Thierry Lolon et Martial Hardy au home studio sweet home studio en 2020.
Mixé par Damien Tillaut.
Masterisé par Peter Deimel au studio Black Box.
Artwork par Martial Hardy et GWLGraphisme.
Photos par Sophie Lolon.
Merci à Hélène Pichot, Sophie et Laëtitia, Oliver Schreiber et Stéphane Lecointe, Maëlle et Arnaud Le Gouëfflec, Off\On! et La Fabrik.